Datation

Entre et 1878

Type d'objet

Style

Réalisme

Lieu de création

Anvers

Inscriptions

"JEF LAMBEAUX" (sur la tranche avant de la terrasse)
"LE GENIE MECONNU / par Jef Lambeaux / Don du Colonel Th. Schmid" (sur le cartel)

Dimensions

hauteur 120 cm — largeur 97 cm — profondeur 45 cm

Numéro d'inventaire

213

Identifiant Urban

38766
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Description

Un homme est assis sur une chaise, jambes écartées. La bouche ouverte, il crie ou chante à tue-tête en se bouchant les oreilles. Il est maigre et débraillé, sa barbe et ses cheveux sont hirsutes et il est habillé en guenilles. La chemise, trop courte, met à nu son ventre. Elle est trouée tout comme le pantalon. À l’origine, un violon brisé gisait au sol, tête tournée vers le coin antérieur gauche. Ayant disparu à une date inconnue, il a été remplacé depuis par un autre non brisé.

Exposée au Cercle Artistique d’Anvers en 1878, cette étonnante sculpture est une œuvre précoce de Jef Lambeaux. Elle s’inscrit dans une production d’œuvres d’un réalisme expressionniste et d’une fantaisie outrancière qui témoignent de la dure vie de bohème que mène alors le sculpteur et dont le succès tarde à venir. On peut citer Un accident (1873, non retrouvé), Half Mijn de 1874 (terre cuite, Dendermonde, Het Stadhuis), Le Pauvre aveugle de 1877 (terre cuite, collection part.). Ces œuvres en prise directe avec la réalité sociale, sans concession de style, sans mièvrerie ni fadeur, sans romantisme ni idéalisme, à la limite du grotesque et de la caricature sociale, choquèrent par les physionomies grimaçantes des personnages. Le Génie méconnu exprime la déchéance physique et morale d’un artiste désemparé et acculé à la misère. Dans cette figure, au modelé nerveux et à la facture rugueuse, sans doute un autoportrait, Jef Lambeaux manifeste son désarroi avec un humour grinçant et une drôlerie moqueuse tout en dénonçant l’inconstance de la fortune et l’ingratitude du monde artistique. Si le plâtre accentue le misérabilisme du sujet, l’artiste a poussé encore plus loin le réalisme en intégrant dans sa composition le surmoulage d’une vraie chaise, c’est-à-dire trempée dans le plâtre. Cette intrusion du réel dans une sculpture allait à l’encontre des règles académiques puisque relevant d’un procédé de reproduction et non de création artistique. Cette combinaison sans pareil à l’époque est d’une audacieuse originalité qui préfigure, quatre-vingt-dix ans à l’avance, la démarche créatrice d’artistes Pop, comme Robert Rauschenberg (1925-2008) et George Segal (1925-2000).

La sculpture a été offerte  à la commune de Schaerbeek en mai 1921 par le lieutenant-colonel Schmid, alors domicilié 5 rue de l’Abbaye à Bruxelles. 

Auteur : Association du Patrimoine artistique, A. Jacobs, 2021

Sources

Sur l’œuvre :

Archives communales de Schaerbeek (Patrimoine artistique, XIII.A.02.S01.D092).

ENGELEN-MARX, C., La sculpture en Belgique, IV,  2006, p. 1614-1623, ill. p. 223.

Cat. expo. Jef Lambeaux, l’amant de la matière, Saint-Gilles, Hôtel de ville, 2008, p. 45-46.

Sur l’artiste :

KNOPS-MORTIER, F., « Lambeaux (Joseph-Marie-Thomas, dit Jef) », in Biographie nationale, 44, Bruxelles, E. Bruylant, 1985, col. 665-678

LETTENS, H., « Jef Lambeaux », in cat. expo. La Sculpture belge au 19ème siècle, Bruxelles, Générale de Banque, vol. 2, 1990, p. 477-483.

FORNARI, B., in cat. expo. Sculpter au crayon : Dessins de sculpteurs du XVIIe à nos jours, Bruxelles, KBR, 2004, pp. 114-117.

Cat expo. Jef Lambeaux, l’amant de la matière, Saint-Gilles, Hôtel de ville, 2008.

Crédits

Discussion