Les quatre piliers du pont de la place Sainctelette
Ernest Wijnants
Victor Louis Rogister
Datation
Type d'objet
Matériaux
Techniques
Inscriptions
"ERNEST WYNANTS. v.R." (socle intérieur du 1er pilier droit (direction Basilique de Koekelberg))
Dimensions
hauteur 640 cm — largeur 280 cm — profondeur 160 cm (socle compris)
Identifiant Urban
Description
La décoration du pont de la place Sainctelette à Molenbeek-Saint-Jean, ainsi que celles des ponts de la Porte-de-Flandre et au droit de la caserne du Petit-Château, a fait l’objet d’un concours lancé en juillet 1929. Les projets primés premier pour les ponts Sainctelette et Porte-de-Flandre sont ceux de « Victor Rogister, fils, quai Mativa 35 à Liège ». Faute de projets satisfaisants pour le pont du Petit-Château, un nouveau concours est relancé début 1930 et également attribué, en février,
Victor Louis Rogister est le fils de Victor Marie Rogister (1874-1955), architecte liégeois connu surtout pour ses réalisations Art nouveau. En 1929, le fils est toujours étudiant à l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège et l’adresse du quai Mativa est celle des bureaux paternels. Un doute subsiste dès lors quant à l’auteur exact des projets, d’autant que dans une interview parue à l’issue du concours, Rogister père stipule« … je tiens à dire et à souligner que ce travail [les deux projets primés] n’a pas été exécuté par moi seul ; mon fils, mon élève, m’a puissamment aidé. » (La Meuse, 14.12.1929).
Cécile Sacino, qui a consacré son mémoire de fin d’études à Victor Louis Rogister, penche plutôt pour une réalisation du père Rogister, le fils n’ayant à sa connaissance aucun construction bâtie à son actif. Dans tous les cas, il ne fait aucun doute pour elle que le père a dû exercer une influence sur le fils « que ce soit dans ses études ou ses techniques de réalisation de documents. » (SACINO, C., p. 18)
Le projet initial prévoyait à ses extrémités quatre pylônes lumineux. Pour diverses raisons, notamment de coût et d’entretien, ce projet est abandonné au profit de pylônes ornés de quatre groupes de décoration évoquant allégoriquement le milieu maritime et comprenant chacun : une figure, une corbeille et une tête décorative. En février 1934, l’architecte fournit des esquisses : deux figures (Le Printemps et Neptune) et une tête décorative. Si les couronnements des pylônes et les têtes décoratives ont certainement été réalisées sur base de ces croquis, les figures définitives présentent un caractère plus épuré, en phase avec le style Art Déco de l’époque.
Cette évolution est sans doute le fait du sculpteur malinois Ernest Wijnants désigné « artiste-directeur », c’est-à-dire le sculpteur chargé de la réalisation des esquisses et des modèles à échelle réduite et/ou grandeur d’exécution tandis que l’exécution pure est confiée à des « sculpteurs praticiens ».
Ernest Wijnants s’est tourné assez tardivement, à près de 30 ans, vers la sculpture. Son talent et ses créations, surtout des nus délicats et sensuels, sont très vite reconnus. Influencé par les sculpteurs gothiques et antiques, il se fait, dans les années 1930, chantre de la sculpture monumentale mise au service de l’œuvre architecturale. Il prône la pratique de la taille directe sur place ainsi que la nécessité d’une étroite collaboration entre sculpteurs et architecte.
Quelle fut l’entente régnant sur le chantier du pont Sainctelette ? On peut douter de sa cordialité quand Victor L. Rogister réagit vertement à un article paru le 4 janvier 1936 dans La Dernière Heure dans lequell’entière conception des décorations est attribuée à Wijnants. Par avis rectificatif, il revendique haut et fort le 22 février que la décoration des pylônes ont été «exécutés suivant [ses] cartons et sous [son] unique direction », « M. Wijnants n’est intervenu que pour l’exécution matérielle de l’œuvre ».
Pourtant, les quatre figures monumentales présentent des formes stylisées et pleines ainsi qu’une posture hiératique évoquant les bas-reliefs de l’antiquité grecque (mais aussi les peintures égyptiennes avec leurs torses de face et leur face de profil ) qui correspondent plus au style de Wijnants [1].
Faute de réponses, une seule certitude : on retrouve, taillées chacune sous une figure se faisant face, les signatures tant de Victor L. Rogister que d’Ernest Wijnants.
[1]Elles ne sont d’ailleurs pas sans similarité avec les figures féminines du monument en l’honneur de Lieven Gevaert que le sculpteur réalise quelques années plus tard (1938-1941) à Mortsel…avec une distinction notable cependant, elles sont ici vêtues de tuniques d’inspiration médiévale. Ce détail n’est pas totalement anodin lorsque l’on sait que François Malfait (1872-1955 ) , architecte de la Ville de Bruxelles et membre du jury de sélection et du comité de suivi de l'oeuvre, lui avait reproché le « caractère trop médiéval » du drapé proposé dans un projet de dessin pour le pont (AVB, ARCH. 771, 100).
Sources
Archives de la Ville de Bruxelles, ARCH. 771.
Le Document, n°69, 1928-1930, s.p.
« L’art garde ses droits », in La Dernière
Heure, 04.01.1936.
« L’état du canal de Charleroi », in La Dernière Heure, 22.02.1936.
LAENEN, J., « La sculpture monumentale »,
in Clarté, 01.12.1936.
SACINO, C., Victor Louis Rogister (1908-1976). Inventaire
et analyse des fonds Line Alexandre et Pierre Hebbelinck, mémoire de fin
d’études, Université de Liège, 2015, non publié, p. 18 ; ce mémoire a fait
l’objet d’une publication dans le Bulletin de la Commission Royale des
Monuments, Sites et Fouilles, tome 31 -2019, p.123 à 185.
Discussion







![Deux ouvre-gants, bois, s.d. [rond 1950].<br>](https://collections.heritage.brussels/medias/66/objects/77/EXT-xxx_MIAT_V_078.jpg)




![Photo Manifestation patriotique sur la Place Communale de Molenbeek-Saint-Jean, photogr. Jules (Molenbeek-Saint-Jean), s.d. [années 1920-1930].<br>](https://collections.heritage.brussels/medias/66/objects/77/F_20205.129_A.jpg)


























