Trésors Art Déco méconnus
La célébration du centenaire de l’Exposition universelle des Arts Décoratifs de Paris de 1925 a permis de mettre en valeur les multiples facettes de l’Art Déco. Les collections de la Région Bruxelles-Capitale en conservent de nombreux témoignages, reflétant ce goût pour la modernité, la préciosité et la sobriété, et alliant élégance et innovation.
L’Art Déco occupe également une place importante dans la production d’art religieux, et plus particulièrement dans l’orfèvrerie liturgique, domaine dans lequel il connait un développement remarquable. Ses caractéristiques stylistiques s’accordent idéalement avec la volonté de Renouveau liturgique promu par les bénédictins et qui, alors que la tendance des styles historicistes s’est épuisée, prône un retour à davantage de sobriété, voire d’austérité, à une esthétique épurée. La sélection présentée ici rassemble des œuvres conservées dans des églises de la Région, réalisées par des orfèvres bruxellois s’étant essayés avec succès à l’Art Déco.
Bruxelles s’affirme alors comme un véritable centre de production d’orfèvrerie Art Déco. Des ateliers, tels que Wolfers et Delheid Frères, produisent majoritairement de l’orfèvrerie civile de renommée internationale alors que d’autres se spécialisent dans l’orfèvrerie liturgique. Les articles et encarts publicitaires publiés dans la revue L’Artisan liturgique, parue de 1927 à 1940, donnent un aperçu de cette production.
L’inventaire des collections religieuses bruxelloises, actuellement en cours, permet de redécouvrir des pièces de grande qualité, révélatrices tant de la maîtrise technique des artistes que du goût pour les matières précieuses et luxueuses. Les nœuds des calices et des ostensoirs se parent ainsi de malachite ou de lapis-lazuli. L’ivoire, massivement importé des colonies, est abondamment utilisé. Le registre ornemental s’efface au profit d’un vocabulaire formel géométrisé et sobre, mettant en valeur l’expressivité propre des matériaux. À côté des œuvres d’exception, à la composition originale et résultant de commandes prestigieuses, se développe une production optimalisée, non pas sérielle mais fondée sur l’assemblage d’éléments, vraisemblablement préfabriqués, associés selon différentes combinaisons. La demande étant importante, cette pratique est un moyen d’y répondre favorablement.
Parmi les orfèvres bruxellois majeurs figure Henri-Joseph Holemans (1894-1973), qui fournit des œuvres pour le Trésor de la Basilique nationale du Sacré-Cœur de Koekelberg. On notera ainsi un somptueux ostensoir-soleil fait de cristal de roche, perles et pierreries, pièce maîtresse de sa carrière et chef-d’œuvre de l’orfèvrerie Art Déco. Ses calices, immédiatement reconnaissables, présentent des lignes précises et un équilibre formel remarquable. L’usage du décoratif est mesuré, la recherche esthétique est subtile et délicate. Holemans maîtrise en outre l’utilisation de la laque japonaise, technique qu’il aurait apprise à Paris. Il l’utilise dans bon nombre de ses travaux, volontiers associée à des incrustations, notamment de coquilles d’œuf. Le Reliquaire de la Sainte Croix, une autre pièce majeure de la carrière d’Holemans, réalisé pour l’église Sainte-Croix d’Ixelles, illustre parfaitement ce procédé.
La production des frères Charles (1893-1981) et Joseph (1892-1975) Devroye, sans atteindre le raffinement de celle d’Holemans, incarne pleinement l’esthétique Art Déco. Plusieurs de leurs réalisations font également partie du Trésor de la Basilique, notamment plusieurs ostensoirs, le tabernacle de l’autel du chœur paroissial, ou encore la châsse et le reliquaire-monstrance de saint Albert de Louvain. Certaines de leurs œuvres révèlent toutefois un éclectisme plus marqué, mêlant aux formes Art Déco des motifs qui se réfèrent aux styles historicistes. Ils réalisent également de la vaisselle liturgique destinée aux missionnaires, connue notamment par les pages de L’Artisan Liturgique.
Camille Colruyt, formé par Holemans, produit également des pièces d’orfèvrerie s’inscrivant dans la tendance sobre et géométrisée de l’Art Déco. Il mobilise lui aussi l’ivoire dont il parvient à saisir tout le caractère décoratif. Il réalise notamment l’ensemble des six chandeliers et le crucifix destiné à l’autel du chœur paroissial de la Basilique.
Les Trésors des églises bruxelloises conservent encore des pièces d’orfèvrerie de style Art Déco conçues et réalisées par Emile Vandenhoute (1928-1990) d’Anderlecht ou par la maison Jacques Frères basée à Forest puis à Ixelles. Enfin, les orfèvreries conçues par Dom Martin (1889-1965), moine bénédictin de l’abbaye de Mont-César à Louvain et fondateur du groupe d’artistes La Croix Latine, sont pour la plupart produites par la maison Wolfers Frères.
Le site internet Collections et le travail d’inventaire rendent ces œuvres, rarement visibles, accessible au public virtuellement. Certaines des pièces du Trésor de la Basilique sont par ailleurs exposées dans les vitrines du Musée des Sœurs Noires, installé au sein même de la Basilique.
Sources :
Judith OGONOVSKY, « L’Art Déco au service du culte : la Basilique nationale du Sacré-Cœur de Koekelberg, gardienne du trésor de l’orfèvrerie nationale religieuse Art Déco », dans : Nouvelles du Patrimoine, 99, 2003, pp. 23-25.
Judith OGONOVSZKY, « Les œuvres d’art de l’orfèvre religieux Henri Joseph Holemans réalisées pour la Basilique nationale du Sacré-Cœur de Koekelberg », dans : Annales d’Histoire de l’Art et d’Archéologie, X, 1988, pp. 51-63.
Wim NIJS et Raf STEEL, Art-deco zilver : Antwerpen-Brussel-Gent (cat. d’exp.), Anvers, Provinciaal Museum Sterckshof-Zilvercentrum, 1996.
Crédits :
Recherches et rédaction du Théma : Noémie Petit.
Relecture et traduction : Jarne Mombaerts et Muriel Muret.
















![Photo Tram ligne M Rue Mommaerts / Boulevard Leopold II / Rue de Mexico (Molenbeek-Saint-Jean), photogr. anon., s.d. [vers 1960].<br>](https://collections.heritage.brussels/medias/66/objects/77/P1_2022.170.jpg)









![Photo Place Communale, Maison communale de Molenbeek-Saint-Jean et église Saint-Jean-Baptiste, photogr. anon., s.d. [vers 1905].<br>](https://collections.heritage.brussels/medias/66/objects/77/SF_2010.0042.jpg)



![Carte-vue Hospice pour vieillards à la Place de la Duchesse de Brabant (Molenbeek-Saint-Jean), éd. P.I.B. (Molenbeek-Saint-Jean), s.d. [vers 1930].<br>](https://collections.heritage.brussels/medias/66/objects/77/PAKA_DELC_809_RECTO.jpg)







