Datation

1878

Matériaux

Style

Réalisme

Dimensions

hauteur 230 cm — largeur 83 cm — profondeur 102 cm (dimensions approximatives de l'oeuvre déteriorée)

Numéro d'inventaire

CIN_SCU_12

Identifiant Urban

72923
voir plus

Description

Cette œuvre a été réalisée par le sculpteur bruxellois JeanBaptiste Vanheffen.[1] Selon Paul Piron, celui-ci a surtout été actif dans la région de Bruxelles. Vanheffen avait, d’après la même source, une prédilection pour la réalisation de sculptures animalières. Il a toutefois également réalisé d’autres types de sculptures, ainsi les bustes du botaniste Rombaud Dodonée (15181585) et du médecin militaire Salomon Louis Laurillard (17831873), tous deux appartenant à la collection du Palais des Académies.

Le jeune JeanBaptiste Vanheffen travaille comme ouvrier mécanicien lorsqu’il est découvert par un autre artiste. Une information que livre, le 2 avril 1862, le Journal de la Belgique sans cependant préciser le nom de l’artiste en question. Tout au plus apprend-on que le jeune sculpteur vient de se voir accorder un subside de la commune de Saint-Josse-ten-Noode et qu’à cette date, il expose déjà un Faune au palais Ducal. Le dénicheur de talent proviendrait-il de cette commune et a-t-il contribué plus concrètement à la formation du jeune Jean-Baptiste ?

Jacques Van Lennep avance le nom du sculpteur Eugène Simonis (1810–1882). Ce dernier, notamment connu pour la statue de Godefroid de Bouillon visible place Royale, était depuis 1859 officieusement, puis officiellement à partir de 1862, premier professeur de sculpture à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles. Il est donc possible que Vanheffen, après avoir été découvert par Simonis, ait reçu une formation complémentaire de sa part, sachant que Simonis – tout comme Vanheffen – choisissait fréquemment la nature comme sujet de ses œuvres. Il faut toutefois noter que le nom Vanheffen ne figure pas dans la liste des élèves de Simonis à l’Académie.

Sans écarter la piste Eugène Simonis et la possibilité de cours particulier en atelier, il est permis d’examiner une autre hypothèse, à savoir Eugène Verboeckhoven (1798–1881). Certes, celui-ci est surtout connu comme peintre (on lui doit notamment le tableau Les ânes schaerbeekois), mais sa formation initiale est celle de sculpteur, technique qu’il apprend auprès de son père, Barthélémy Verboeckhoven (1759-1840) sculpteur lui-même ; ce que souligne la notice nécrologique publiée, le 23 janvier 1881, dans Le Bien Public. On apprend en outre par un article de L’Écho du Parlement du 19 mai 1868, que Verboeckhoven a supervisé Vanheffen dans la réalisation de figures animales ornant une pièce d’orfèvrerie offerte en l’honneur d’Alphonse Vandenpeereboom (1812-1884), ancien ministre de l’intérieur. Existait-il une relation entre les deux artistes sous la forme d’un rapport maître-élève ? d’autant que tous deux présentent une prédilection pour les sujet animalier ou en lien avec la nature. La question reste posée.

Toujours en 1868, Vanheffen prend part au Salon de Gand où il expose, outre le Samson, deux autres œuvres. En 1869, il participe au concours préparatoire pour le Prix de Rome et expose de nouveau le Samson au Salon d’Anvers. En 1871, L’Echo du Parlement signale sa participation à l’Exposition universelle de Londres. En 1873, il participe à celle de Vienne où il est médaillé dans sa catégorie. On sait qu’il prend également part à au moins un salon de la Société des Artistes Français, lors de l’exposition des BeauxArts de 1885. Il a encore postulé en 1893 pour réaliser une statue dans le cadre du projet ambitieux de sculptures pour le Jardin botanique. Cependant, en raison de la maladie et d’un manque de moyens financiers, il n’a pas pu achever l’œuvre et a été remplacé. Il est probablement décédé peu de temps après.

Selon Paul Piron, peu d’œuvres de Vanheffen auraient été conservées. On en retrouve cependant plusieurs dans le paysage urbain de la région bruxelloise, notamment : le Dogue d’Ulm, également située au parc du Cinquantenaire, Le chien et la tortue (aussi intitulée La surprise) dans le jardin du Palais des Académies.

L’œuvre illustre une scène de l’Ancien Testament issue du cycle de Samson dans le Livre des Juges (Jug 15, 4–5). Samson, doté d’une force physique exceptionnelle, a épousé une jeune fille du peuple des Philistins. Son beau-père, profitant de l’absence de Samson, cède la jeune épousée à un autre homme. Pour se venger, Samson capture 300  renards, attache leurs queues deux par deux autour d’une torche enflammée avant de les lâcher dans les champs des Philistins et d’y détruire leur récolte.

La sculpture représente Samson nu, brandissant de son bras droit une torche enflammée, aujourd’hui disparue, l’avant du bras étant brisé au niveau de la main. À ses pieds, deux renards liés par la queue auxquels est attaché une corde faite de tissus noués qu’il s’apprête à enflammer de sa torche.

Cette sculpture est commandée en 1878 par l’État belge pour les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (La Chronique des arts, 12 janvier 1878).[2]

Il s’agit d’une copie en marbre d’un plâtre réalisé en 1866. La version en marbre est achevée et mise en dépôt aux Musées en juin 1880.

En juillet 1880, l’œuvre est sélectionnée pour l’Exposition historique de l’Art belge, offrant ainsi la possibilité de présenter la sculpture au public, étant donné que le Musée Royal de Peinture et de Sculpture ne disposaient pas, à ce moment-là, de l’espace nécessaire pour l’exposer. En 1881, lors d’un déplacement au sein des Musées, l’œuvre se brise en plusieurs morceaux en glissant sur une pente. En raison de la complexité de la restauration –  l’œuvre, suite aux dégâts, se retrouve sans point d’appui et nécessite l’emploi d’un engin de levage pour la suspendre – , Vanheffen se déclare incapable de procéder à la restauration lui-même. Il propose cependant de mettre à disposition le modèle en plâtre. La restauration, confiée au sculpteur-restaurateur Joseph Vanden Berg pour la somme de 335 francs, est achevée en 1884 et considérée comme très satisfaisante par la Commission directrice des musées de peinture et de sculpture de l’État.  Afin de lui éviter de nouveaux accidents, il est décidé, dans la foulée de la restauration, de trouver un nouvel emplacement à la statue, soit dans la galerie ouverte du Musée d’Histoire naturelle.

En 1896, la sculpture, alors située dans la cour intérieure du Musée moderne de Peinture, est jugée «esthétiquement discutable», sa restauration vivement critiquée et son état, à l’entrée du musée, considéré comme « piteux » et « nullement décoratif ». En 1897, année de l’Exposition universelle, l’œuvre est déplacée au parc du Cinquantenaire, où elle demeure jusqu’à aujourd’hui. Elle est installée en face du Gladiateur Borghèse, un surmoulage d’une œuvre antique, dont il ne reste aujourd’hui que le socle qui a d’ailleurs servi d’inspiration à l’architecte Gédéon Bordiau, responsable de l’aménagement du parc du Cinquantenaire entre 1879 et 1904, pour celui du Samson,

Le 18 novembre 1976, le parc du Cinquantenaire, incluant la sculpture, a été classé comme site. En 2018–2019, Samson a été restauré par Beliris avec d’autres statues du parc. La statue se trouve actuellement à nouveau en mauvais état, moins de dix ans après la restauration.



[1] orthographe basée sur la signature de l’artiste, bien que l’on rencontre régulièrement son nom écrit en deux mots (voire même sans le « h ») .

[2] À partir de 1927, ce musée est connu sous le nom des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.

Sources

Journal de la Belgique, 2 april 1862.

L’écho du Parlement, 19 mei 1868.

L’écho du Parlement, 7 augustus 1871

La chronique des arts, 12 januari 1878 .

Le bien public, 23 januari 1881.

VAN LENNEP, J. (dir.), De 19de eeuwse Belgische beeldhouwkunst, Générale de Banque, Brussel, 1990, p.557-559.

DEROM, P.(dir.), De beelden van Brussel, Galerie Patrick Derom, Pandora, 2000, p.109.

DEROM, P., De beelden van Brussel. Inventaris, Patrick Derom Gallery, Brussel, 2002, p.79.

PIRON, P. Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe Siècles, Editions art in Belgium, 2003, Boek 2, p.641.

ENGELEN, C., en MARX, M., La sculpture en Belgique à partir de 1830. Tome VI : Rohr – Van Der Ven, Louvain : Engelen-Marx, 2006, p.3774.

Samson die de vossen loslaat in de Filistijnse weiden, Inventaris van het Bouwkundig erfgoed, 2009-2010, https://monument.heritage.brussels/nl/buildings/18713.

VANDEN BEMDEN, G., BE-monumen.be: VAN HEFFEN Jean-Baptiste, 2017, https://be-monumen.be/patrimoine-belge/van-heffen-jean-baptiste/.

BELIRIS, Jubelpark : de standbeelden zijn klaar!, 2019, https://www.beliris.be/nl/nieuws/jubbelpark-beelden.html.

DE BOECK, E., Simson & Delila (Rechters 16,4-22), s.d., https://www.kuleuven.be/thomas/page/bijbelfiche-simson-en-delila/.

Archief van Koninklijke Musea voor Schone Kunsten van België, Fonds Musée, BE A4004 FM-II-1993.

Crédits

Discussion